Et si on demandait leur avis !!? [4]

C'était le fameux WANTED à l'insea, tout le monde cherchait à le bizuter à cause de ses propos postés sur le forum de l'insea www.inseadima.com, du coup il a déchainé la colére des anciens mais au fil du temps on a commencé à apprecier sa sympathie et son courage de dire les choses tel qu'ils sont, de ma part je lui dis BRAVO amine t'as été à la hauter !! Voilà le témoignage de ce camarade assez exceptionnel .

     Je me permets de vous mettre « dans le bain ».     Cela fait plus d’une semaine que je suis à l’INSEA. Le temps passe différemment par ici. Surtout avec la semaine de bizutage.     Premier jour, le dimanche, je me suis réveillé tôt, le réveil n’était pas en douceur, j’avais mauvaise mine, mais je n’ai pas senti la durée du trajet Casa-Rabat.     Arrivé à l’INSEA, mon dossier à la main, j’en ai profité pour présenter les locaux à ma famille : le parking, la porte principale, puis le resto. On n’a pas continué jusqu’à l’internat vu, le conseil de mon ami Saad d’éviter tout bizutage prématuré. Car mes interventions dans le forum inseadima.com ont sûrement trouvé quelques opposants. Toutefois, cette petite balade me fait perdre mes photos d’identité que Youssef me donnera plus tard.      Après l’inscription à l’école, il fallait partir à l’internat pour s’y inscrire. A l’horizon, une table, des élèves qui font la queue et d’autres qui ont l’air de superviser l’opération d’inscription.     J’arrive et je découvre une affiche ou il y a une photo de moi et la phrase « Wanted alive ». J’étais agréablement surpris. L’avantage c’est que la ressemblance n’était pas complète. J’étais camouflé derrière ma barbe, qui n’était pas sur la photo. J’ai pu ainsi gagné quelques secondes de répit.     Quelques secondes pas plus, vu qu’il fallait donner mes papiers, en particulier la carte d’identité. L’élève qui s’occupait des papiers a vu mon nom, ensuite la photo et enfin il m’a fixé droit dans les yeux en disant « Alors c’est toi ! » Je ne savais absolument pas ce qui m’attendait. On dit que c’est la pire des tortures ! On m’a éjecté en fin de queue. Je ne protestais pas, j’étais toujours étonné de l’affiche.     On m’a donné le numéro 17 pour l’inscription. J’ai attendu quelques instants, et ensuite on venait me chercher. J’ai ainsi franchi la porte de l’internat escorté par deux élèves chacun me tenant un bras, et là c’est comme si j’accédais à une île totalement déconnectée de ce qui se passait à l’extérieur. Il y’avait des gens éparpillés un peu partout, je n’arrivais pas à distinguer les visages ni à me repérer, j’étais complètement désorienté, j’entendais souvent « le voici ! », « voici le wanted » Mais j’étais curieux de voir ce qui allait se passer. C’est la première fois que je n’arrive pas à anticiper mon comportement. (J’exagère)     On a commencé par me demander de faire le tour du gazon du milieu de la cour 4 fois pieds nus. Ensuite toute une série d’exercices allant des plus difficiles aux plus fous. Je suis sûr que ce jour là, j’ai fait le plus de pompe dans ma vie ! (Là je n’exagère pas). Accompagnées des exercices classiques comme : Whiskiya (Quelqu’un vous fait tourner autour de vous-même plusieurs fois, ensuite vous lâche et vous partez en courant), la position lambda (reposer sur sa tête et les pointes des pieds les bras en haut), la nage sur le gazon, la marche du canard, la douche (froide évidemment), compter le nombre de boucles (verte et blanche) de la chaîne qui entoure la verdure, compter combien fait la surface d’un carreau à l’aide d’une pièce de 50 centimes, un œuf (cru bien sur) cassé sur la tête et j’en passe… Ce que je retiens exactement de cette journée, c’est qu’au soir, j’étais vraiment épuisé !      Le règlement du bizutage spécifie que les bizuts, n’ont pas droit aux locaux de l’établissement (resto, bancs, buvettes, etc.) donc je mangeais sagement le Ftor à la chambre avec Saad.     Peut être bien qu’on ait repéré chez moi cet air innocent, car les journées qui ont suivi fussent relativement moins pesantes que cette première journée. On n’était pas trop méchant globalement. J’ai pu retenir quelques prénoms, et faire des connaissances.     Durant cette semaine j’ai perdu la majorité de mes repères : Pas d’horaires fixes, les lieux sont nouveaux pour moi, les visages aussi, pour aller au cours il fallait s’habiller à l’envers et prendre une paire de chaussures différentes, il fallait mettre les cahiers dans un sac noir en plastique, et le ramadan ne simplifié pas les choses car même les horaires de cours étaient modifiés.     On venait à notre amphi de première année chaque fois qu’on terminait un cours et lorsqu’on avait une heure creuse. On nous hurlait dessus, on frappait sur les tables, on mettait des gens (excusez moi, des bizuts désobéissant) dans une sorte de « cachot », on nous demandait de nous lever, de nous asseoir, de tirer sur l’IAV, de faire une bataille de papiers, de lever nos bras pendant des minutes, et tout ce que l’imagination d’un élève ingénieur pouvait lui suggérer !     Je me rappelle aussi de la journée militaire qui a fini par un bain de boue. J’ai essayé une petite fugue, mais un ancien m’a rattrapé, et finalement je m’y suis mis aussi. Et toutes ses activités se sont terminées par la célèbre écriture des lettres I N S E A avec les nouveaux étudiants. Une originalité cette année, on a ajouté 08 pour les différencier.     Evidemment qu’il y’avait des disputes, des accrochages (surtout les premiers jours) avec quelques nouveaux, mais vite, leur nombre diminuait. Soit parce que ceux qui n’étaient pas d’accord partaient chez eux, soit parce qu’ils ont fini par accepter d’endurer ce qu’on leur infliger. Mais l’amphi était à moitié plein, donc à moitié vide !      J’avais souvent fait la rencontre « d’anciens » qui ne savent même pas ce que j’avais écrit dans le forum mais qui me reprochent de l’avoir fait. Drôle de situation vu qu’il s’agit d’élèves ingénieurs.      Le bizutage à l’INSEA est peut être moins martyrisant que celui des écoles voisines et/ou plus organiser que les années passées. Mais cela n’empêche que le concept même doit être revu. Le comité de bizutage à une bonne opportunité pour intégrer les nouveaux venus, qu’il ne devra pas gaspiller. Mais le fait que la moitié s’en va, qu’il y ait une partie qui reste le soir dans sa chambre parce qu’elle n’a pas envie de se faire bizuter ou le fait qu’il y ait des accrochages à cause du bizutage ne sont pas des choses à négliger.      En ce qui me concerne j’ai fait la connaissance de beaucoup d’amis par un autre moyen que le bizutage.      Je propose que le comité de bizutage joue un rôle d’adaptateur et d’initiateur aux activités au sein de l’institut. Question d’en sortir avec un profit « durable » de l’opération pour les deux parties : les anciens et les nouveaux. Et pourquoi pas une tierce partie (les extra-inseaistes).      J’ai apprécié l’initiation aux grèves avec toutes les chansons et les slogans. J’ai apprécié la discussion que les anciens ont tenue avec nous à propos des filières. Sans oublier, le geste de manger par terre dans le resto pour rendre hommage à ceux qui ont milité pour sa construction. Tous ses apprentissages apprennent aux nouveaux des choses nouvelles. Personnellement je n’ai jamais fait de grève en dehors du cadre familial J. Ni d’ailleurs appartenir à une association ou à un comité qui gèrent les affaires d’autrui. Soit par crainte de ne pas être à la hauteur, soit par manque de conviction.      Vu que l’institut regorge apparemment d’activités parascolaires, on peut initier les nouveaux à la préparation et au déroulement de ces dernières.      L’image qui reflète ma vision c’est ce qui se fait en faculté de médecine (en tout cas à Casablanca). Où chaque ancien étudiant prend à sa charge un nouveau étudiant et l’initie à tout ce qui se passe au sein de la fac. Résultat ? L’ambiance est conviviale et les étudiants hésitants se retrouvent plus confiants. En plus je ne vois personne qui ne voudra pas venir à cette semaine !      La société marocaine, ou du moins les jeunes, doivent s’habituer à s’entraider, à être raisonnable et à accepter leurs différences. Car certains sont déjà bizutés, par définition, par la situation dans laquelle ils vivent. Et le moins que l’on puisse leur offrir c’est une approche différente de la société. 

                                                                    Amine CHAFAÏ

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